lundi 3 mars 2014

06-09/02: Mandalay et ses environs






Apres a Naypidaw, nous voici a Mandalay, quelques 300 km au nord, coeur historique du pays bamar. Les Bamars representent l ethnie majoritaire, (65 pour cents de la population), qui donnait son nom a la "Birmanie" (Burma en anglais). Les bamars controlerent l ensemble du territoire a trois reprises: la premiere au XIe siecle, du temps de Bagan (voir plus loin), une seconde fois au XVIe siecle, et enfin, pour la derniere fois et definitivement au XVIIIe siecle. Entre ces enterludes, les autres puissances, comme les Shans de l est et les Mons du sud reprenaient le pouvoir. Le coeur du pays bamar se trouve dans la region de Mandalay, capitale de la fin du XVIIIe siecle d avant l invasion britanique, qui regroupe a moins de 20 km Amarapura, Sagaing et Innwa (Ava), toutes trois un temps capitale de la Birmanie.

Mandalay est une ville plutot crade, etendue negligement le long de l Irriwady (plus grand fleuve du Myanmar, le traversant du Nord au Sud) en "blocks" a l americaine, avec des rues perpendiculaires numerotees. Contrairement a Yangon, ou les motos sont interdites (une histoire circule, comme quoi l interdiction aurait ete ennoncee apres qu une moto ait embouti la voiture d un General!), la ville grouille de deux roues, roulant n importe comment. Pourtant, je ne peux m empecher d apprecier cette ville, son ambiance, je ne sais pas trop pourquoi.



Paya Mahumani



La Paya Mahumani est l une des plus fameuses des environs. En plein coeur de Mandalay, cette grande pagode resonne au son des psaumes bouddhistes et des cloches que la population, nombreuse, entrechoque avec de gros morceaux de bois. Fameux bouddha couvert de feuilles d or, imposant une devotion extreme. Les femmes ne sont pas autorisees a le voir, et doivent se contenter d une retransmission video. Si le bouddhisme est une philosophie dans les textes assez sexiste (les femmes sont considerees, dans l echelle des reincarnations, inferieures a l homme, ce dernier correspondant au denier etat avant la possible Illumination et l arret du cycle infernal, ou nirvana (nibana)), c est la premiere fois que cela se ressent dans mon voyage. Espece de ceremonie, animee par un vieux moine. 


Si la ville presente quelques sites d interet, le principal attrait se trouve en dehors, du cote des anciennes capitales, que l on rejoint aisement en moto. Nous pouvons ici louer des petites mopettes semi automatiques comme ils ont ici en Asie. Un peu de liberte!








Sagaing, a 15 km de Mandalay, sur la rive droite du fleuve, est connue pour ses collines, constelees d une multitude de petites stupas dorees. Au sommet, se dressent les imposantes Paya Umin Thansji et Soon U Ponya Shin, desquelles on a une vue panoramique sur la plaine dessechee bordant le fleuve.














Le pont d U Bein, a Amarapura, est un incontournable des environs. A la saison seche, on peut se balader, et meme dejeuner dans les champs alentours. A la saison des pluies, l eau vient parfois lecher les lattes! Ce pont aurait ete construit a partir du bois d une ancienne pagode d Innwa (Ava). 








A une trentaine de km au nord de Sagaing, sur l autre rive du fleuve, la Paya Mingun se dresse magistralement. Cette pagode taillee a meme dans la montagne, qui semble tout droit sortie de l univers romanesque de Tolkien, aurait ete la plus grande pagode du monde si son ouvrage avait ete acheve. Les travaux s arreterent au 1/3 de sa base: elle ne mesure alors "qu une 50 aine de metres". La paya est deformee par d impressionantes fissures, dues a de nombreux seismes. 











Enfin, et nous avons garde le meilleur pour la fin, Innwa (Ava), au sud d Amarapura est notre endroit prefere. Dans la journee, une foule grouillante de touristes se presse de temple en temple a l aide de caleches. Le soir, apres que le dernier bateau ait ramene les gens sur l autre rive, Ava redevient calme et innocente. Ca nous a tellement plu la veille, qu on decide d y revenir le lendemain. Petits chemins de terre qui me rappellent le Cambodge, temples deserts... Nous admirons le soleil se coucher du haut d une petite pagode. Retour a Mandalay en chantant, laissant la chance nous guider!


06/02: Naypidaw






Train de nuit, en 3e classe, jusqu a Naypidaw, au centre de la Birmanie. Le train est indescriptible! On se croirait des siecles en arriere. Au bout de 5 min, on se regarde avec Julien: comment est-ce possible de ne pas derailler, comme on voit l inclinaison que prend la vieille carcasse sur les antiques railles britaniques, se balancant de tous les cotes, rebondissant, sautant, grincant avec un bruit atroce! Les gens s endorment dans ce vacarme, rebondissent en rythme... Incroyable! Les portes du wagon ne sont pas fermees, et s ouvrent et se claquent a tout bout de champs. Des enfants passent vendre des snacks dans le couloir, sautent du train en marche. Les gens fument en crachent dans le train, jettent leurs dechets plastiques par la fenetre.

Petite nuit donc, mais une super experience! Je finis allonge par terre, a demi cache sous ma banquette. Une mere a carrement glisse son bebe en dessous. Le petit gros a cote de moi s appuie sur mon dos pour se relever. Nous arrivons a 5h du matin a la gare de Naypidaw, claques apres cette nuit blanche, mais ravis de cette experience d un autre age!

Construite aux milieu de nulle part a des frais colossaux (le Myanmar est un des pays les plus pauvre du monde), cette ville titanesque repond au delires paranoiaques et mysthiques des generaux, a qui un astrologue aurait predit que Yangon serait detruite par une catastrophe naturelle. Cette ville a egalement le benefice d etre centrale, et de concentrer la moitie de l Armee, en cas de revolte populaire. Achevee en 2005, les principales administrations ont ete deplacees de force, exception faite des ambassades, restees a Rangoon.

Naypidaw est une ville fantome. De grandes avenues a 16 voies en parfait etat, des jardins entretenus meticuleusement, quelques pagodes copies de Shewdagon en toc, et... rien. Pas d habitants, pas de circulation, personne. C est assez impressionant! Cette ville est l anti these complete de Yangon, bruyante et pleine de vie.

Bon, veni vedi vici, on consacre la matinee a un tour en moto, une espece d arnaque pour voir qu il n y a que du vide a voir, puis on decide a reprendre la route. On s y attendait, mais on voulait tout de meme voir cette folie humaine de nos propres yeux! Usure avec les taxi du parking, qui nous demande pendant 4h si nous n avons pas besoin de leur service........ NON!


03-05/02: Yangon (Rangoon)







Deux bonnes cuilleres de "safran" M. Delvigne? 





Paya Shwedagon



Je retrouve une heure apres mon arrivee mon ami Julien, qu on nommera ici la Vigne, ou encore "Seven" (voir plus loin), en Medecine avec moi a Nantes. Quel plaisir de le retrouver, avec sa vieille gueule fripee et ses golden virginia sans filtre! Nous passons la premiere soiree chez Klaus, un autrichien qui nous heberge... monneyant quelques dollars. Le type est assez antipathique, et nous avons beaucoup a nous raconter, aussi nous passons la premiere soiree a discuter dehors, a discuter jusqu a 5h du matin, autour d une bouteille de rouge et de saucisson, apportes expressement de France!

Nous decouvrons Yangon le lendemain matin! Whaouh! Quel depaysement, meme pour moi qui vit en Asie depuis bientot 5 mois! L ancienne capitale est une ville grouillante, sale et decrepie, mais pleine de vie, de couleurs, d odeurs! Anciens batiments coloniaux. J adore tout de suite l ambiance! Les hommes portent un longyi (ou paso), l espece de robe traditionnelle (meme les business men), les femmes et les enfants du thanaka sur leurs joues (espece de pate verte servant a proteger du soleil, et plus ou moins accessoire de mode remplacant ici le maquillage), les gens machent du betel, espece de noix rendant les dents noires, les gencives et la langue rouge sang. On roule ici a droite (comme des fous) avec des volants... a droite! Decision d un des generaux, de changer du jour au lendemain le sens de circulation, la droite lui semblant "astrologiquement" plus favorable.

Petit dejeuner de nouilles, qu une grosse mama nous sert a pleines mains. Delvigne confond safran et piment. On prend le temps de se poser au marche, de se ballader tranquilement dans la ville. Change d argent, on se retrouve a recompter des liasses et des liasses de billets de 1000 Kyats (1 dollars) (prononcez "Tchyats"). Sur les alentours du Bogyoke Aung Saun Market, des petits commercants vendent des tshirts a l image d Aung San Suu Kyi (prononcez "Tchy"). Les choses semblent avoir bien change depuis 2010! Et ce n est qu un debut.

Nous remontons a pied jusqu a la Paya (Pagode) Shwedagon, le monument bouddhiste le plus celebre du pays, symbole national. Cette forme de pagode, est plus ou moins caracteristique du style birman. Ces derniers sont des adeptes de la Petite Ecole bouddhique, le Theravada, comme les Thai, les Lao, les Khmers et les Sri lankais. Contrairement aux autres moines d ASEAN, les bonzes portent ici le rouge, plutot que le safran.

Petite soiree tranquille dans le quartier musulman, que nous terminons a jouer a une espece de jeu entre le pallet et le billard, avec une bande de birmans super sympas!







Joe Joe 


7 Miles, a la recherche de la maison de Julien.




Paya Chaukhtagyi



Paya Ngahtatgyi

 Adios Joe Joe!


Notre objectif du lendemain est de trouver un billet pour Naypidaw, la capitale du Myanmar depuis 2005 pour le soir, et retrouver "7 miles", le village dans lequel Julien et ses parents vivaient en 1997, alors que son pere travaillait pour Medecins sans frontieres. C est alors que nous rencontrons Joe Joe. Sacre personnage... Ce birman, d environ 35-40 ans nous aborde alors que nous recherchons la gare. Il nous aide a obtenir nos billets dans tout ce bordel admnistratif (on doit presenter nos passports etc...). On lui fait part de notre projet, et il decide de nous accompagner. Sur place, le compere se revele vraiment utile: il demande partout, negocie des prix de taxi, de trishaw (le velo a trois places), retrouve la rue, sonne pendant des heures jusqu a ce qu on nous ouvre. Nous avons une planche de photos de Julien enfant. Malheureusement, la maison dans laquelles ils vivaient n existe plus...

Nous offrons le dejeuener a Joe Joe a 7 miles. Notre voisin, un Karen (etat de l est bordant la Thailande, en rebellion ouverte contre l Etat central), parlant un tres bon anglais, nous parle du Myanmar, des changements operes depuis 2010 (dissolution de la junte, et elections generales, liberation d Aung San Suu Kyi, gouvernement civil, changement de drapeau, ouverture de la presse etc...), critiquant ouvertement les militaires: il nous glisse que, 4 ans plus tot, il serait alle en prison pour de tels propos. Nous avions connaissance de la tenue d election a il y a 3 ans, mais beaucoup d observateurs internationaux s interrogeaient a cette epoque sur la reelle ouverture du Regime, une des pires dictature militaire du monde depuis 1962, avec des elections quelques peu truquees, ou le parti soutenu par l Armee (militaires redevenus civils pour la plupart), l USDP, avait amplement triomphe. Le changement semble cependant s etre bien amorce!

Joe Joe decide de continuer a nous accompagner. C est son jour de conge, et il veut nous montrer sa ville. On a un peu peur qu il nous demande de l argent, mais il est vraiment cool, insiste sur le fait qu il fait ca pour son plaisir, et que nous sommes ses "friends". On se rend a la Paya Chaukhtagyi, abritant un bouddha couche au moins aussi grand que celui de Bangkok, puis a la Paya Ngahtatgyi, tres calme. Nous nous posons un peu pour regarder le "coucher de soleil", ce qui semble tenir a coeur a Joe Joe, mais qui est plus ou moins un echec, dans la mesure ou la pagode est orientee vers l Est! 

Nous avons un train de nuit pour Naypidaw a 20h. Joe Joe tient a nous amener dans un magasin de photo, pour qu il puisse developper les cliches de la journee, et les garder en souvenir de nous. Enfin, de Julien, il n a pas de photos de moi! Bon, la nous on se serait bien quittes, il etait temps. C est a ce moment qu il commence a devenir carrement obsessionnel, refusant de nous quitter, nous accompagnant jusqu a chez Klaus, dans une echoppe pour le diner, a la station de train, me montre comment faire un noeud avec un sac en plastique, repete les memes phrases en boucle ("My friends I care of you, no problem, train leaves at 8PM we have time, when you sleep take care of your bag like, when you are in THE Naypidaw take the bus, My friend, my friend, my friend....."). Il nous accompagne jusque dans le train. Et la, un peu bizarre, pendant que je pars acheter des trucs pour le voyage, il demande a Julien quelques dollars, mais tout gene. Il insiste ensuite sur le fait qu il ne les depensera pas, que c est juste en souvenir, pour penser a nous. Il veut egalement absolument que nous l appelions en repartant de Yangon. C est con, mais ca nous refroidit un peu, et meme si la somme est ridicule, ca ternit un peu la journee... Je pense avec le recul que Joe Joe etait un rabateur a trainer du coin de la gare, et qu il comptait nous demander un pour-boire pour son aide du train, mais que finalement il s est pris de cause pour notre "quete", et etait finalement assez gene a la fin de nous demander un peu d argent... Enfin! 


NB: Sur le lien ci contre, 19/02: Le fin mot de la quete de Seven Miles!, les aventures de Julien, lors de son retour a Yangon. 



Avant propos




J arrive lundi soir a l aeroport international de Yangon, ancienne capitale de la Birmanie (Myanmar). C est mon premier vol regional depuis mon arrivee: jusqu a peu, octobre 2013, il etait impossible d entrer dans le pays par voie terrestre. C est aujourd hui possible, mais ca reste un beau bordel! Chaque check point s arrange un peu a sa sauce. Certains, comme Tachilek/Mae Sai (Etat Shan) laissent traverser, mais obligent de prendre un avion entre Tachilek et Taungyi. Etant un peu dans le doute, et ne voulant pas perdre 5 jours a retrouver Julien, je me suis decide pour booker un vol Air Asia depuis Bangkok. Pour ceux que ca interesserait, le poste frontiere de Mae Sot (cote Thailande), qui conduit dans l etat Mon au Mynamar, pas loin de Rangoon, marche tres bien dans les deux sens, d apres ce que j ai entendu sur place. 

Pendant qu on y est egalement, vous me verrez employer deux "nomenclatures" pour les villes birmanes: la plus connue est celle donnee par les britaniques, qui au temps de la colonisation, avaient trouve de bon gout de renommer la plupart des localites, selon des noms plus ou moins proches de leur nom bamar. J utiliserai cependant en premier le nom en langue bamar, redevenus officiels en 1989. A gauche bamar, a droite britanique: Yangon > Rangoon ; Bagan > Pagan ; Banmaux > Bhamo ; Bago > Pegu et d autres encore.